Le dimanche 12 juillet, lors de la cérémonie de clôture de cette 15e édition du Festival International Cinéma en Liberté, le membre du jury Patrick Sirot nous a fait l'honneur de déclamer son poème Le Popo a viré vilain.
Par la puissance de son écriture et la force de son interprétation, ce texte a profondément touché le public. Un poème engagé, qui résonne avec les valeurs de liberté, de fraternité et d'humanisme que le festival défend depuis sa création.
© Michel Picsraw
Le Popo a viré vilain
Retrouvez ci-dessous le texte intégral du poème récité lors de la cérémonie de clôture.
Le Popo a viré vilain Le Popo a viré vilain, Il a obliqué, Il a penché mauvais. On lui a badigeonné le cerveau de tromperie affriolante. On lui a injecté à gogo de la baliverne bien lourde, De la bien pesante. On lui a inoculé de la billevesée enchanteresse Pour blouser son esprit. On lui a bourré le crâne de faussetés sournoises. Tous les matins avec la même constance Ils ont beurré les tartines du Popo Avec des saloperies à écœurer sa fraternité, Ils ont envahi les ondes en continu Habité les jours Imprégné ses nuits. Semaine après semaine les perfides commentaires Les expertises venimeuses Les analyses médisantes diffusées sans répit Ont à force d’insistance Massicotés en bandelettes menues sa philanthropie Insultant les frangines et les frangins de couleur Humiliant les sœurs utérines et les frères utérins. Ils ont biaisé la réalité sans vergogne Et le popo les a cru Et comme il les a cru il a commencé à se méfier du frangin Il a suspecté la frangine Pour finir il s’est mis à haïr et l’une et l’autre. Le popo, il s’est jeté Tête la première dans la nasse Pendant qu’eux, y se répandaient dans la fange, Se vautraient dans un étrange mélange De perversités et de mensonges Ça a déboulé si vite Que le Popo s’est rendu compte de rien. Il n’a pas vu, le Popo, l’inévitable virage à droite, extrême Il ne les a pas vu venir Les apocalyptiques bonimenteurs Qui ne laissent pas une once de cérébralité, De déclarations funestes en images salasses Le pachyderme médiatique Écrase tout sur son passage Ça cancane, ça couine, ça bavasse. Ça « Bollorise » à tout va Le Popo, alors, devient Popo Popu Éperdu de fièvre, De peur et de lâcheté. Il se colle aux babines D’orateurs encrassés de toxines Et de rose à lèvres. Qui malaxent les mots, les tripotent, Les triturent, les violentent, Pour finir les défigure en cacamots. Le vocabulaire en loque, Les cacamots disloquent La pensée du Popo en Diarrhée Popu Y’a d’la chimère qui hante les lits en ces temps bousculés, Y’a du dénaturé qui tyrannise le léchant, Des cages à corps et des cages à cris, Des labratiens, des crâssons, des poisages, des lantigounes, Des mèremonces à chitre, des clapiers thoraciques, Des puneilles, des rafèches. Ça remue le sommeil la chimère, Ça le badigeonne de noir Y’a la maladie des puissants qui gangrène l’humain : D’un côté des pardiens de régolution soeurtrières, Des rétressions amassines, des cinglés varbus De l’autre des têtes modelées, Faciès élastiques, pommettes siliconées, Enduites de crème, Des trompeurs égotiques, Des vermines d’états voyous Des Vladipou de mirtine Des prêcheurs de haine Des infecteurs contagionneurs de cruauté, Des « Marineuses » acrimonieuses Des « Bardelleurs » creux, vides, lisses Les mains comme leurs cerveaux nécrosés Par l’aigreur et le vice. Le Popo popu sur son pot facilite Comme il peut son transit en charriant sa pétoche. Il fait dans son froc, il débourre mou, Ça dégouline le long des mollets jusqu’à ses galoches, Ça mouille la semelle, ça colle au plancher, Ça laisse des traces, Ça tache le sol, la trouille ça te tambouille les viscères. La lâcheté ça te suit à la crasse. Le Popo popu pelés en petit tas de lâchetés, Poireautent, planqués. Puis, petit à petit, le popo popu devient Pas à pas un popo popu de petits fafa Qui tricotent maille après maille des écharpes de haine, Assénant à toute heure leur obscène propagande, Un popo popu de petits chefs Qui creusent pelletée après pelletée Les fondations d’une dictature Et d’un système verrouillé, (Ou vérolé c’est idem), Ils maçonnent pierre par pierre Une tragique sépulture La maison est sombre et profonde, Les ombres patientent. Des fantômes en uniformes attendent sous la poterne Que la bête immonde (Aux diverses facettes) S’échappe de la caverne en deux mille vingt sept Alors Nous, Popo pas popu Qui n’en pouvons plus de respirer cet air Il est temps de choisir notre vocabulaire, De ne plus s’encombrer d’énoncés discursifs De calibrer nos mots d’en vérifier l’impact, De cribler le mortifère pouvoir de nos phrases assassines. Ami Popo, amis poètes, Amis autrices, auteurs, Amis cinéastes actrices et acteurs Poursuivons notre labeur De nos têtes, de nos yeux et de nos mains, Labourons les imaginaires, Ensemençons nos utopies Elles pousseront demain à l’intérieur de chacune et de chacun Comme les 37 films qui ont éclairés nos soirées Et ouvert le chemin d’un cinéma en liberté. Que nos espérances se précisent Que les images salvatrices De notre espiègle puissance Nous portent à présent, Loin, loin, loin, bien loin.