Le Popo a viré vilain

Le dimanche 12 juillet, lors de la cérémonie de clôture de cette 15e édition du Festival International Cinéma en Liberté, le membre du jury Patrick Sirot nous a fait l'honneur de déclamer son poème Le Popo a viré vilain.

Par la puissance de son écriture et la force de son interprétation, ce texte a profondément touché le public. Un poème engagé, qui résonne avec les valeurs de liberté, de fraternité et d'humanisme que le festival défend depuis sa création.

Patrick Sirot récitant son poème © Michel Picsraw

Patrick Sirot

Membre du jury • Festival International Cinéma en Liberté 2026

Le Popo a viré vilain

Retrouvez ci-dessous le texte intégral du poème récité lors de la cérémonie de clôture.


Le Popo a viré vilain
Le Popo a viré vilain,
Il a obliqué,
Il a penché mauvais.

On lui a badigeonné le cerveau de tromperie affriolante.
On lui a injecté à gogo de la baliverne bien lourde,
De la bien pesante.
On lui a inoculé de la billevesée enchanteresse
Pour blouser son esprit.
On lui a bourré le crâne de faussetés sournoises.
Tous les matins avec la même constance
Ils ont beurré les tartines du Popo
Avec des saloperies à écœurer sa fraternité,

Ils ont envahi les ondes en continu
Habité les jours
Imprégné ses nuits.
Semaine après semaine les perfides commentaires
Les expertises venimeuses
Les analyses médisantes diffusées sans répit
Ont à force d’insistance
Massicotés en bandelettes menues sa philanthropie
Insultant les frangines et les frangins de couleur
Humiliant les sœurs utérines et les frères utérins.

Ils ont biaisé la réalité sans vergogne
Et le popo les a cru
Et comme il les a cru
il a commencé à se méfier du frangin
Il a suspecté la frangine
Pour finir il s’est mis à haïr et l’une et l’autre.
Le popo, il s’est jeté
Tête la première dans la nasse
Pendant qu’eux, y se répandaient dans la fange,
Se vautraient dans un étrange mélange
De perversités et de mensonges

Ça a déboulé si vite
Que le Popo s’est rendu compte de rien.
Il n’a pas vu, le Popo, l’inévitable virage à droite, extrême
Il ne les a pas vu venir
Les apocalyptiques bonimenteurs
Qui ne laissent pas une once de cérébralité,

De déclarations funestes en images salasses
Le pachyderme médiatique
Écrase tout sur son passage
Ça cancane, ça couine, ça bavasse.
Ça « Bollorise » à tout va

Le Popo, alors, devient Popo Popu
Éperdu de fièvre,
De peur et de lâcheté.
Il se colle aux babines
D’orateurs encrassés de toxines
Et de rose à lèvres.
Qui malaxent les mots, les tripotent,
Les triturent, les violentent,
Pour finir les défigure en cacamots.
Le vocabulaire en loque,
Les cacamots disloquent
La pensée du Popo en
Diarrhée Popu

Y’a d’la chimère qui hante les lits en ces temps bousculés,
Y’a du dénaturé qui tyrannise le léchant,

Des cages à corps et des cages à cris,
Des labratiens, des crâssons, des poisages, des lantigounes,
Des mèremonces à chitre, des clapiers thoraciques,
Des puneilles, des rafèches.
Ça remue le sommeil la chimère,
Ça le badigeonne de noir

Y’a la maladie des puissants qui gangrène l’humain :
D’un côté des pardiens de régolution soeurtrières,
Des rétressions amassines, des cinglés varbus
De l’autre des têtes modelées,
Faciès élastiques, pommettes siliconées,
Enduites de crème,
Des trompeurs égotiques,
Des vermines d’états voyous
Des Vladipou de mirtine
Des prêcheurs de haine
Des infecteurs contagionneurs de cruauté,
Des « Marineuses » acrimonieuses
Des « Bardelleurs » creux, vides, lisses
Les mains comme leurs cerveaux nécrosés
Par l’aigreur et le vice.

Le Popo popu sur son pot facilite
Comme il peut son transit en charriant sa pétoche.
Il fait dans son froc, il débourre mou,
Ça dégouline le long des mollets jusqu’à ses galoches,
Ça mouille la semelle, ça colle au plancher,
Ça laisse des traces,
Ça tache le sol, la trouille ça te tambouille les viscères.

La lâcheté ça te suit à la crasse.
Le Popo popu pelés en petit tas de lâchetés,
Poireautent, planqués.


Puis, petit à petit, le popo popu devient
Pas à pas un popo popu de petits fafa
Qui tricotent maille après maille des écharpes de haine,
Assénant à toute heure leur obscène propagande,

Un popo popu de petits chefs
Qui creusent pelletée après pelletée
Les fondations d’une dictature
Et d’un système verrouillé,
(Ou vérolé c’est idem),
Ils maçonnent pierre par pierre
Une tragique sépulture

La maison est sombre et profonde,
Les ombres patientent.
Des fantômes en uniformes attendent sous la poterne
Que la bête immonde (Aux diverses facettes)
S’échappe de la caverne en deux mille vingt sept

Alors Nous,
Popo pas popu
Qui n’en pouvons plus de respirer cet air
Il est temps de choisir notre vocabulaire,
De ne plus s’encombrer d’énoncés discursifs
De calibrer nos mots d’en vérifier l’impact,
De cribler le mortifère pouvoir de nos phrases assassines.

Ami Popo, amis poètes,
Amis autrices, auteurs,
Amis cinéastes actrices et acteurs


Poursuivons notre labeur
De nos têtes, de nos yeux et de nos mains,
Labourons les imaginaires,
Ensemençons nos utopies
Elles pousseront demain
à l’intérieur de chacune et de chacun

Comme les 37 films qui ont éclairés nos soirées
Et ouvert le chemin d’un cinéma en liberté.
Que nos espérances se précisent
Que les images salvatrices
De notre espiègle puissance
Nous portent à présent,
Loin, loin, loin, bien loin.

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